J'aurais aimé...

J’aurais aimé Manosque et la Provence comme berceau de mon enfance !
J’aurais aimé séjourner au Paraïs !
J’aurais aimé avoir 20 ans au Contadour pour vivre la grande aventure ! Lire la suite...

dimanche 31 mars 2013

Giono Paysan, les fermes de Jean Giono...


Le "Criquet" et La "Margotte"

"Dès 1940, la vie matérielle a commencé à poser des problèmes. Les livres se vendant mal, et les éditeurs manquant de papier, Grasset suspend ses mensualités, celles de Gallimard arrivent irrégulièrement. En vendant une maison à Vence (achetée en 1938 pour que Lucien Jacques, qui l'habitait, ne fût pas expulsé), il acquiert une petite ferme, le Criquet, près de Céreste à 20 kilomètres de Manosque en été 1940 et, en Novembre, une autre non loin de Forcalquier, La Margotte. Ces exploitations, loin de lui rapporter, lui coûtent au début : il faut acheter le matériel, des bêtes, payer les travaux. Au moins en tire-t-il du ravitaillement pour sa famille et pour ceux qui dès 1941, trouvent refuge chez lui."
Giono de Pierre Citron


La ferme du Criquet

"J'avais une ferme à ce moment là du côté de Céreste, exactement à Sainte-Croix-à-Lauze, qui s'appelait "Le Criquet", qui comprenait cent cinquante hectares de bois, dans lesquels on pouvait se dissimuler facilement. J'avais des fermiers qui étaient d'accord avec moi. Je pouvais les garder aussi longtemps qu'ils voulaient à condition qu'ils ne combattent pas. Il y en a eu tout le temps six. Il y en a un, malheureusement qui a été tué, c'était un jeune garçon qui était poète, il aurait pu devenir un grand poète".

(Il était convoqué pour le STO et réfractaire, son père l'avait confié à Jean Giono)


(...)"- Il ne faut pas partir. Il faut tout simplement aller au "Criquet" tranquillement et rester là". Ce jeune garçon va là, au "criquet", reste là très gentiment. Continue à écrire des vers (...) Ce jeune garçon est allé un beau jour chercher du pain à Céreste en emportant dans son sac un énorme revolver(...) Il a été attrapé par une patrouille allemande et fusillé sur la route d'une façon ignoble et invraisemblable".

"C'est le seul,  au "Criquet", qui a eu cette fin tragique. Les autres, j'ai pu les garder vivants jusqu'au bout". 
Jean giono, Entretiens avec Jean Amrouche et Taos Amrouche

"La Margotte est assise sur un emplacement magnifique, ce que j'aime surtout, ce sont les tribus de vieux chênes installés sur tous les coteaux"


La ferme de la Margotte près de Forcalquier

Giono en 1941 à la Margotte avec son fermier Louis Salomé

Nous voici sur les terres de Jean Giono, celles de sa ferme de la Margotte. Celle ou il allait régulièrement à la rencontre du monde paysan.


"La Margotte" était une bonne ferme, avec de bonnes terres que cultivait le fermier de Giono. Pour l'écrivain qui avait une tablée d'une dizaine de personnes à nourrir pendant la guerre, le ravitaillement à la Margotte était providentiel, il s'y rendait souvent, par l'autocar ou à vélo depuis Manosque". 
Jean Louis Carribou, Balades littéraires à la rencontre de Jean Giono- tome 1


"J'écris parfois d'une façon extraordinairement sauvage et fugitive. J'ai écrit "Un roi sans divertissement" sur une table de toilette, à la Margotte, la ferme que j'ai à vingt kilomètres d'ici. Nous étions allés passer l'Automne avec ma femme, à la Margotte, c'est un souvenir épatant pour elle et pour moi. Nous avons été rarement aussi heureux que cette fois-là. Comme il n'y avait pas de table pour écrire, je faisais d'abord ma toilette, puis je poussais la cuvette de toilette, à côté du dentifrice et de la brosse à dents, j'écrivais mes trois pages. Puis j'allais me promener.
A trois pages par jour, j'ai écrit 'Un roi sans divertissement' en vingt-sept jours".
Jean giono, Entretiens avec Jean Amrouche et Taos Amrouche


Le petit canal de Manosque...



Le canal de Manosque va chercher l'eau de la Durance à Chateau-Arnoux pour se terminer à Corbière, soit un trajet de 57kms





Il passe tout près du 'Paraïs', c'était la promenade préférée de Jean Giono, celle qu'il parcourait dans son enfance, le Dimanche avec ses parents et plus tard avec sa famille et ses amis comme Maximilien Vox ou Lucien Jacques.




Voici ce que dit Sylvie Giono de ces promenades : 

"Lorsque sa promenade quotidienne ne conduisait pas mon père à travers les ruelles manosquines, (...) il affectionnait la promenade du canal. (...) Au cours de ces marches, la manie très particulière qu'avait mon père pour prendre quelques notes succinctes , ou bien encore pour inscrire une idée soudaine, nous émerveillait. Il n'emportait aucun crayon, aucun carnet, mais son éternelle pipe ne le quittait jamais et la boîte d'allumettes non plus. Une fois l'allumette éteinte, il se servait de son bout noirci pour griffonner sur un minuscule bout de papier vite plié et vite enfoui au fond de sa poche.
De retour à la maison, la lecture de cet étrange écrit s'avérait souvent très difficile, voire impossible. Alors la recherche de l'idée fixée à l'aide de ce noir d'allumette excitait encore plus son imagination. L'imprécision du procédé lui plaisait beaucoup. Pour nous, il flottait un je ne sais quoi de magique!".
Sylvie Giono, Entretien avec Jacques et René Mannent



Jean Giono en promenade au bord du petit canal de Manosque

samedi 23 mars 2013

Un divertissement de 'Roi' ...

" Je découvris que l'écriture pouvait être un dessin, je n'écrivais pas "bien", j'écrivais "beau"!"


"Tout de suite j'ai écrit pour la vie, j'ai écrit la vie, j'ai voulu saouler tout le monde de la vie. J'aurais voulu pouvoir faire bouillonner la vie comme un torrent et la faire se ruer sur tous les hommes secs et désespérés, les frapper avec des vagues de vie froides et vertes, leur faire monter le sang à fleur de peau, les assommer de fraîcheur, de santé et de joie, les déraciner de l'assise de leurs pieds à souliers et les emporter dans le torrent 
jean Giono, Je ne peux pas oublier


"J'adore écrire. Ma première pipe allumée, je m'installe. Tous les jours, c'est le même bonheur. J'aime les mots. Écrire c'est être libre !"


Bureau de Jean Giono à Manosque

"Le plaisir que je prends à écrire un livre dépasse tous les autres plaisirs. C'est le plaisir, véritablement sans aucun mélange, d'écrire, de me livrer à ce travail de marqueterie qu'est le style, de remplacer tel mot par une virgule ou de remplacer cette virgule par un adverbe, ou allonger la phrase, ou la raccourcir, ou la chercher, se heurter contre les difficultés, parfois par le caractère d'un personnage, voir naître le style, parfois par le style, voir naître le caractère des personnages, ça c'est mon plaisir personnel ."
Entretien avec Claude Santelli, 1965

"La pièce ou je me tiens pendant que j'invente a deux fenêtres, une en face de ma table, la fenêtre qui est en face de ma table contient une petite maison... Quatre petits jardins faits au point de croix avec la laine vert chou des choux, la soie d'or rouge d'une petite plantation de pêchers, le fil bleu pâle des artichauts; tout ça sur fond de bure... Voilà ce qui est soit disant, autour de moi.

Et là, le roman de l'écriture commence. Il est savoureux, enchanteur - Il est Giono. Un personnage d'Un roi sans divertissement descend d'un hêtre :

" J'ai dit qu'il avait mis le pied dans la neige, près d'un buisson de ronces. Ça, c'est l'histoire écrite. En réalité, il a mis le pied sur mon plancher, à un mètre cinquante de ma table, juste à côté de mon poêle à bois(...)... J'ai dit qu'il était parti vers l'Archat. En réalité, il est venu vers moi, il a traversé ma table(...)

Ou encore :

"M.V., venant de Chichilianne, traversait les rayons de ma bibliothèque, à peu près à l'endroit où se trouve un petit exemplaire des 'Tragiques' d'Agrippa d'Aubigné, descendait sur 'Ubu Roi', prenait à gauche vers le 'Voyage de l'Astrolabe', tombait pile derrière le dossier de mon fauteuil (...). Si, à ce moment là, j'avais eu besoin de lire quoi que ce soit de la création du monde(...), il m'eut fallu plonger la main dans le crâne même du gendarme." !!
Jean Giono, Noé

Jean Giono à sa table de travail

" Je vis dans un monde si différent de ce que les autres appellent la réalité que je ne peux obliger personne à m'y accompagner"
Jean Giono (Coeurs, passions, caractères)


jeudi 21 mars 2013

Le Paraïs, arche de Noë...

Paraïs ne veut pas dire paradis comme ou pourrait l'imaginer, c'est un mot provençal qui désigne l'endroit ou l'on 'paraît'.





Jean Giono achète cette petite maison en 1929, il dira en 1930 dans cette lettre à Adrienne Monnier : " On a acheté à flanc de coteau, à cinq minutes de la ville, une petite maison; Un palmier, un kaki, un bassin, deux cents vignes, un pêcher, un abricotier, un laurier, une terrasse; et là on vit tous ensemble dans la soupe aux choux."


Il transforme et agrandit au fil des ans cette maison ou il écrira la plus grande partie de son oeuvre, au côté d'Élise son épouse et de ses deux filles Aline et Sylvie.
Il y accueille ses lecteurs et ses admirateurs, y héberge une partie de sa famille et des amis, dont Lucien Jacques, qui décore la maison de plusieurs fresques.



"J'habite les pentes d'une colline couverte d'oliviers, et depuis ma terrasse, Manosque et ses trois clochers, s'arrondit comme une ville orientale".





" j'arrive chez  moi  par un petit sentier qui n'est pas, comme on dit carrossable."




"La nouvelle construction constitue une excellente barrière contre le mistral  et dessine une terrasse qui devient notre salon d'été, abritée par une tonnelle de rosiers grimpants; La vie de famille s'y transporte allègrement. Outre la fontaine de rocailles qui rafraichit, on y place le gramophone sur le guéridon de Grand Mère Pauline au pied du plaqueminier qui dispense l'ombre".Sylvie Giono, Le Paraïs , la maison d'un rêveur


La terrasse, salon d'été
Jean Giono installe ses bureaux successifs dans la plupart des pièces de la maison, avec les objets et oeuvres d'art qui lui sont chers. Au fil des années il constitue une bibliothèque de plusieurs milliers d'ouvrages témoins de ses goûts littéraires, de sa curiosité intellectuelle et de son immense culture. Maison de famille et maison d'écrivain, 'Lou Paraïs' est un lieu ou Jean Giono est toujours présent. Elle abrite aujourd'hui le siège de l'association des amis de Jean Giono créée en 1972 par Henri Fluchère et Aline Giono.


La petite porte d'entrée du 'Paraïs' au bout du chemin

" La vue est superbe. Une fenêtre domine la vieille ville de Manosque, l'autre, la vallée de la Durance (...) Mon père a, enfin, son domaine au dessus de la mêlée, sa "tour d'ivoire" mais accessible à tous, ouverte aux autres, amis, visiteurs; C'est 'le phare', celui qui distribue la lumière ; Là, il va y rester douze ans. De 1935 à 1947, douze ans de création intense." 
Sylvie Giono, Le Paraïs, la maison d'un rêveur




"Aujourd'hui à midi, comme j'étais remonté après le dîner dans mon bureau, ouvert la fenêtre sur la ville - si belle maintenant - et que je me faisais jouer pendant la pipe un choral de Bach, (j') ai retrouvé l'atmosphère de l'atelier de mon père, je vais devenir comme lui, de plus en plus solitaire, de plus en plus retiré de tout, même de la famille."
Jean Giono, journal